Le rachat de Direct Energie

La société Direct Energie a vu le jour en 2003 avec l’ambition de devenir rapidement le premier producteur et fournisseur alternatif d’électricité en France. C’est un objectif qu’elle atteint en une quinzaine d’années, ajoutant même, en 2008, la fourniture de gaz à son panel de services et absorbant, en 2012, son concurrent franco-belge Poweo. En 2018, c’est donc une entreprise florissante avec un chiffre d’affaire de 1,9 milliard d’euros réalisé en 2017 et plus de 650 employés que le groupe Total rachète.

 

L’objectif de Total : une percée sur le marché de l’énergie

 

L’entreprise pétrolière et gazière française, qui fait déjà partie des six plus grosses entreprises du secteur au monde, espère ainsi accélérer le développement de ses activités en tant que fournisseur d’énergie et notamment dans le secteur de l’énergie renouvelable. Elle a en effet l’ambition de devenir dans les années à venir un acteur incontournable de l’électricité verte et d’incarner un idéal de transition énergétique gagnante en équilibrant son activité pétrochimique et son activité de producteur d’énergie renouvelable. Ainsi, en 2016, Total avait déjà racheté Lampris, un fournisseur d’énergie belge et lancé, à l’automne 2017, son offre « Total Spring » avec des tarifs concurrent ceux d’EDF et intégrant une dimension écologique. Le rachat de Direct Energie s’inscrit donc dans la continuité de cette stratégie et permet à Total d’ajouter potentiellement à ses 1,5 millions de clients actuels quelques 2,7 millions de nouveaux clients. Total possède ainsi aujourd’hui 6% de part de marché en France, contre 1% avant le rachat et peut espérer augmenter son capital, d’ici 2022, jusqu’à détenir 15 % de part de marché.

 

Quelles conséquences sur les prix ?

 

Pour les clients, la promesse est simple : des prix qui baissent grâce à une plus grande concurrence. En effet, si EDF possède encore 80% du marché de l’électricité et Engie (ex GDF-Suez) 70% de celui du gaz, Total, un peu comme Free dans le secteur de la téléphonie, peut compter sur sa notoriété et sa force économique et marketing pour devenir un acteur incontournable du secteur. Le géant français compte aussi peut-être sur la fin progressive des tarifs réglementés du gaz pour les particuliers et leur complète disparition à l’horizon 2023… A court comme à moyen et long terme, ce rachat semble donc annoncer une guerre des prix et d’influence entre ces trois grands groupes qui finalement se connaissent bien car ils sont tous historiquement issus de sociétés françaises fondées au XXème siècle pour assurer la fourniture d’énergie à travers le pétrole (CFP), l’électricité (EDF) et le gaz (GDF).

 

Une seule marque à l’avenir

 

De manière pratique, il est certain que les clients actuels de Total Spring et de Direct Energie seront regroupés sous une même offre et sous une seule marque mais aucune autre précision n’a été encore apportée sur ce point. Certaines associations de consommateurs s’inquiètent déjà mais Xavier Caïtucoli, le Président Directeur Général de Direct Energie, se veut cependant aussi rassurant qu’optimiste en déclarant : « Nous accueillons cette opération avec fierté et enthousiasme et nous sommes convaincus que ce rapprochement avec le groupe Total se fera au bénéfice de nos clients ».